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"Le monde du silence, la fin d 'un mythe"

Compte rendu de Conférence. 

  

 

Le monde du silence : la fin d’un mythe

David LECCHINI (Criobe, Moorea, www.criobe.pf) & Frédéric BERTUCCI (Univ. de Liège)

 

 

 

L’environnement marin du « Monde du Silence » de Cousteau n’est pas silencieux. Il résonne des cris des mammifères marins mais non des poissons. 

Pourtant, Aristote évoquait déjà les bruits produits par eux. Il suffit depuis toujours pour les pêcheurs de coller une oreille au fond de leur barque pour les entendre.  On s’était également aperçu pendant la Seconde Guerre que les mines sous-marines explosaient apparemment seules, les responsables étaient les poissons. 

 

On utilise les hydrophones pour les entendre aussi bien en laboratoire ou en milieu naturel. 

Actuellement, les hydrophones mesurent un peu plus de deux fois une carte de crédit et peuvent même être couplés avec une caméra. 

 

A Moorea, le Criobe et l’Univ. de Liège ont ainsi des espèces de poissons cochers et de poissons clowns. 

Les sons permettent de détecter et d’identifier les différentes espèces présentes sur le site. 

 

 

 

 

Les enregistrements de certaines espèces permettent de mettre en lumière que les sons peuvent varier au sein de certaines  espèces en fonction  de leur localisation. Ils peuvent aussi varier selon la taille des poissons : les poissons de petite taille produiront des sons plus aigus, alors que des poissons de plus grande taille de la même espèce produiront des sons plus graves. Chez certaines espèces, où la taille assure la dominance, les sons produits indiquent la position sociale de l’individu, voire son sexe comme chez les poissons-clowns. 

 

 

 

95% des poissons récifaux sont ovipares. Après la ponte, les œufs sont entrainés au large où les larves métamorphosent. Cette phase de dispersion dure entre 10 et 120 jours selon les espèces ; puis les larves regagnent les récifs où ils s’installent et colonisent certaines parties du récif. Au bout de quelques mois, le juvénile rejoint la population des adultes. 

Les sons influencent et correspondent à des comportements ; dans le même temps, les patrons de couleur varient avec les comportements. On peut donc envisager les combinaisons entre sons, comportements et colorations chez les poissons. On sait que la synchronisation du banc chez les harengs se fait par l’intermédiaire de sons. 

 

A Moorea, 180 espèces ont été identifiées et parmi elles, 81 ont été enregistrées. 

Lors de la reproduction, des espèces élevées pour la consommation  humaine comme l’Ombrine ocellée aux Antilles ou le Tilapia émettent des sons lors de la reproduction, d’où la possibilité d’utiliser ces enregistrements comme super-stimulus pour la reproduction. 

 

Les enregistrements des espèces présentes sur un site varient selon qu’ils sont faits de jour ou de nuit. 

 

D’autres animaux comme les mammifères marins, les crustacés (crevettes pistolets) et les échinodermes quand ils broutent produisent des sons. 

La biophonie d’un lieu est composé d’éléments naturels (géophonie), de sons produits par les activités humaines – bateaux, champs éoliens- (anthropophonie). 

On peut ainsi observer que le gradient sonore va du large (fort) à la côte (faible). 

 

Les larves rentrent dans le récif de nuit et se servent des sons pour choisir le lieu d’installation (lieu de vie). 

Les sons produits spécifiquement par chaque lieu du récif peuvent induire des réactions de répulsion ou d’attraction chez les larves, ils leur permettent de choisir leurs habitats. 

Mais d’autres facteurs peuvent aussi agir comme répulsifs sur les larves comme par exemple les résidus de crèmes solaires. 

 

Les sons anthropiques ont des conséquences sur les espèces migratoires dont la première réaction est de fuir la zone de bruit tandis que le banc se défait. 

 

Les récifs hébergent 25% de la biodiversité marine mondiale, ils ne couvrent pourtant que 0,02 % de la surface des océans. 

Les études faites sur les récifs qui disparaissent puis qui sont recolonisés montrent le lien entre le volume sonore produit par les poissons et les crustacés et la densité en coraux du récif. 

 

 

 

 

 

Disparition progressif de la biodiversité du récif, points blancs = point de référence

finalement début de recolonisation par Stylophora sp. 

 

Il existe un grand projet européen visant l’étude sonore de sites en Polynésie, en Ecosse et en Corse. 

 

Les poissons entendent grâce à leur ligne latérale et à leur oreilles internes. D’autres espèces comme les poissons plats sont totalement sourds, à l’inverse l’espèce la mieux équipée reste le poisson rouge. 

 

Pour produire les sons, les poissons utilisent leurs mâchoires, les mâchoires pharyngiennes, les muscles proches de la vessie ou leurs nageoires pectorales pourvues de râpes. Des poissons comme les requins et les raies ne produisent aucun son. 

Les décibels en milieu marin ne sont pas les mêmes qu’en milieu aérien ; les récifs moyennement peuplés ont un niveau sonore de 70 décibels, très peuplés 90 décibels. 

 

 

Chez les poissons, on parle de communication mais pas de langage. Malheureusement, trop d’études n’existent pour permettre l’identification des espèces de poissons à grande échelle. 

 Merci à David Lecchini de sa relecture du compte rendu. 

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