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Les Récifs Coralliens dans la Tourmente du Changement global

Conférence « Les Récifs Coralliens dans la Tourmente du Changement global » donnée ce soir 23 novembre  2015 dans l’Auditorium de la Grande Galerie de l’Evolution au Museum d’Histoire Naturelle de Paris par Mireille Guillaume, maître de conférences, spécialiste des coraux et récifs coralliens, Département Milieux et Peuplements Aquatiques, que nous avions déjà rencontrée le 11 décembre 2014, cette fois-ci à l’Aquarium de la Porte Dorée pour une conférence sur la résilience des récifs coralliens.

 

Le sujet de ce soir s’inscrit, lui, directement dans la prespective  de la COP21.

 

 

1 km2 de récif tropical représente la totalité de la biodiversité de l’ensemble des côtes françaises métropolitaines. On estime qu’il existe entre 1,5 et 2 millions d’espèces vivant dans les récifs coralliens, hors seules 100 000 espèces sont répertoriées à ce jour.

 

En termes humains, les récifs coralliens représentent une valeur d’environ US$ 30 milliards et ils impactent économiquement environ 500 millions de personnes.

La France est le seul pays du monde à avoir des territoires possédant des récifs coralliens dans tous les océans de la ceinture intertropicale. Elle se place en quatrième place des superficies récifales : 55 000 km2, soit entre 5 et 10% des récifs mondiaux suivant les méthodes de calcul. 20% des récifs mondiaux sont dans les eaux de la Polynésie Française et la Nouvelle Calédonie abrite la deuxième plus grande barrière de corail, soit 16 000 kilomètres de récifs.

 

Les grands récifs coralliens sont visibles de la Lune, et paradoxalement les couches constructrices ne mesurent que quelques centimètres d’épaisseur.

 

En terme de diversité, les zones les plus riches sont le Triangle d’Or (Philippines, Indonésie, Nord de l ‘Australie) et la Grande Barrière où l’on trouve entre 500 et 600 espèces, les zones les plus pauvres comme la Méditerranée ou les Caraïbes en hébergent moins de 100.

 

Pour s’installer, un récif tropical a besoin de plusieurs conditions :

-          - une température au dessus de 18 degrés

-         -  une durée d’ensoleillement  important tout au long de l'année

-        -   une concentration en aragonite supérieure à 4 dans l’eau de mer.

Ce qui fait que les récifs coralliens ne se trouvent à notre époque que dans la ceinture intertropicale.

 

Les coraux sont divisés en deux groupes : les octocoralliaires ( coraux vrais, les mous) et les scléractiniaires (anémones de mer calcifiées, les durs).

 

Parmi les coraux durs, les Acroporidés forment le genre le plus cosmopolite, peuplant les récifs de l’Indo-Pacifique et des Caraïbes, mais ils sont aussi les plus sensibles aux changements de températures.  D’un autre côté, les formes massives comme les Poridés sont  tout aussi cosmopolites, mais ont une stratégie d’occupation et de croissance totalement différentes et sont très tolérants aux changements de températures.

 

Les coraux (constructeurs de récif) hébergent dans leurs tissus des algues unicellulaires avec qui ils ont créé une symbiose, dont un ensemble de relations profitant aux deux protagonistes. Les coraux ont des tissus transparents, leur squelette étant blanc, les algues donnent au coraux leur couleur marron du fait que leur concentration renforce leur couleur individuelle marron clair.

 

Le blanchissement correspond à la perte des zooxanthelles suivant plusieurs processus allant de pair avec l’élévation de la température, le tissu redevient transclucide et laisse paraître la couleur blanche du squelette. Le stade initial du blanchissement passe par une coloration bleu clair.

 

Avec les temps, les épisodes qui étaient réguliers avec des intervalles de plusieurs années sont passés à une récurrence annuelle.

 

En 1993, l’hypothèse a été avancée que les épisodes de blanchissement constituaient des phases adaptatives du corail, arguant que c’était là un mode de gestion des populations des divers clades de zooxanthelles à l’intérieur du corail.

Les zooxanthelles appartiennent à une unique espèce, mais on les divise en groupes : les clades, puis maintenant en sous clades (par exemple le C1, le C8, le C15 – plus thermo résistant), suivant leur génome et leurs adaptations ; chaque population se trouvant dans des endroits spécifiques du globe.

La bataille entre spécialistes est arrivée à la compréhension actuelle qu’il s’agirait d’un mode de gestion des populations de zooxanthelles pour certains coraux, en fait seulement 23% des espèces seraient capables de changer d’hôtes algaux. Les octocoralliaires n’en possèdent qu’une seule sorte. Si l’épisode est trop violent ou trop long, au final, toutes les espèces du récif meurent et le mileiu subit une destruction dans les deux dimensions.

 

Les écosystèmes coralliens dépendent largement des milieux aériens, en particulier avec les épisodes chauds (El Niño) et froids (La Niña). Des courants de profondeurs froids (upwellings) remontent le long des côtes de l’Amérique du Sud, les vents poussent les masses d’air froid vers l’Australie, au dessus de laquelle des cellules nuageuses se forment qui viennent arroser les côtes américaines. Lors des épisodes d’ El Niño, les courants marins sont inversés : ils vont d’ouest en est et amènent vers les côtes américaines des eaux de surface très réchauffées, ce faisant, les cellules nuageuses naissent au milieu de l’océan et percent au cours de la traversée océanique, les zones côtières normalement arrosés connaissent alors la sécheresse. Les épisodes chauds peuvent présenter un gradient particulièrement grand et une durée importante. Certaines espèces coralliennes ne sont alors pas adaptées à ces changements et leur rareté sur les récifs les rend encore plus susceptibles de disparaître.

Source d'extraction à aujurd'hui 23 novembre. Visualisation des épisodes thermiques 

 

 

 

 

Dans ces cas là, les récifs peuvent faire preuve de résilience. La résilience est la capacité à absorber des perturbations récurrentes et à s’adapter au changement sans changement fondamental de configuration ou de fonctionnement. Passé outre l’étape de la résilience viennent les étapes de la résistance et de la récupération.

 

Les récifs abritent trois groupes clés : les coraux, les macro-algues et les herbivores. Les derniers consomment les concurrents directs des coraux et permettent leur survie et leur multiplication. La surpêche conduit à la prolifération des algues et à la destruction des récifs.

 

Avec le réchauffement climatique, on a aussi noté l’apparition à grande échelle de plusieurs pathologies.

La Maladie de la Bande Noire, provoquée par des cyanobactéries et un cortège d’autres organismes, consommant les tissus de quelques millimètres par jour, rencontrée dans l’Indo-Pacifique et les Caraïbes et la Maladie de la Bande Blanche, deux types : I par bactéries GRAM et II par bactéries Vibrio, avancant elle aussi de quelques millimètres par jour et rencontrée dans l’Indo-Pacifique, la mer Rouge et les Caraïbes.

 

Les coraux ont aussi des prédateurs naturels : des mollusques (Drupa sp. et Drupella sp.), des vers (par exemple Eurythoe sp.) et les espèces de l’étoile de mer Acanthaster sp. Les recherches ont montré que les blooms d’Acanthaster avaient déjà eu lieu dans les milieux naturels pendant la Préhistoire longtemps avant l’Homme.

 

Les cyclones sont des éléments destructeurs parce qu’ils cassent les colonies qui peuvent alors se retrouver sous les sédiments et mourir. Certains spécialistes ont avancé l’idée que les cyclones « normaux » étaient suivis d’un épisode de redistribution des peuplements. Mais les changements climatiques actuels montrent déjà des cyclones plus violents qui durent plus longtemps à une fréquence qui s’accélère.

 

L’homme a aussi apporté des formes de destructions ponctuelles pêche à la dynamite qui a encore court. Les pollutions chimiques agricoles ont aussi leur grande part comme le chlordécone, pesticide utilisé pour les plantations de bananes aux Antilles, utilisé jusqu’en 1993 alors qu’interdit ailleurs, comme aux Etats unis depuis 1973. Ce produit a détruit durablement les cours d’eau douce et arrive maintenant dans le milieu marin. C’est aussi le cas de tous les produits perturbateurs endocriniens dont les effets commencent à être visibles chez les espèces du Récif.

On peut aussi parler d’autres produits comme les peintures antifouling pour les navires contenant énormément de métaux lourds qui se concentrent dans les organismes filtreurs – ainsi la consommation de violets (ascidies) en Méditerranée est-elle sujette à cautions. Mais on peut aussi parler des écrans dans les crèmes solaires extrêmement toxiques pour l’organisme corallien. (note : en plus de toutes les formes de destructions communément citées). Le tourisme est à double tranchant, il doit être encadré pour ne pas être destructeur.

En parallèle, le rôle des Aires Marines Protégées se révèle autant positif en terme de retour de la biodiversité sur les récifs et de la valorisation possible.

 

Les récifs coralliens se forment par accrétion des carbonates. On estime que, dans le cas d’un récif en bonne santé, le récif grandit de 4 ± 1kg CaCO3/m2/an avec une croissance verticale de 3 mm/an, le récif étant capable de monter alors tout doucement : 2mm/an ; mais les modélisations actuelles compte tenu de l’effet de serre annonce une augmentation du niveau des océans entre 3 et 10 mètres.

 

Déjà en 2008, il y avait eu des parutions dans Science alertant sur les dangers d’une augmentations des concentrations aériennes trop importantes de Co2 ; l’acidification troublant gravement la possibilité de capture des carbonates devenant de moins en moins disponibles dans l'eau de mer.

 

 

 

La combinaison de l’augmentation de la température et de la concentration en Co2 détermine directement le type de peuplement des habitats côtiers : 480 ppm de  Co2 est le seuil de basculement à partir duquel les habitats côtiers ne sont plus peuplés de peuplements carbonatés (tous les organismes inférieurs et supérieurs utilisant des éléments carbonatés à un moment dans leur physiologie).

 

On peut avancer l’idée que les récifs vont se déplacer mais les modèles actuels pour la Grande Barrière de Corail l’obligeraient à se déplacer de 15 kilomètres par an pour compenser l’augmentation des températures. Hors, un tel écosystème mets des millénaires à se créer et s’équilibrer. On ne pourra parler que de migrations d’espèces ponctuelles.

 

Des modèles de régression corallienne sont déjà à l’étude. Le déplacement des énormes populations vivant actuellement des récifs coralliens qui seront directement impactées par les changements climatiques poseront des problèmes immenses, que les responsables politiques ne semblent pas vouloir aborder du fait de la complexité et de l’intrication des problèmes. A l’heure actuelles, certains gouvernements comme celui des Maldives ont déjà acheté des terres en vue du déplacement de leurs populations en Inde.

 

Nous sommes exactement au basculement vers l'acidification des océans. 

 

(Les zones bleues sont les zones où les récifs coralliens peuvent vivre et se développer).

 

 

Mireille Guillaume appartient à International Society for Reef Studies mettant en avant une  pétition demandant les efforts suffisants pour garantir une  hausse des températures inférieures à 2 degrés celsius. 

 

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  • Catégorie: Anémones